L’ensoleilleur

Michel Boujenah est le parrain de la promotion 2010. Portrait d'un ensoleilleur.

« Ce n’est pas parce que l’on parle beaucoup que l’on n’a rien à dire »… « Ce qui se passe entre moi et le public est une œuvre d’art »… « C’est avec les utopies qu’on construit l’avenir et avec les rêves qu’on avance ». Le sens des phrases de Michel Boujenah est clair : pétri de finesse et de bonhomie, de profondeur et de sensibilité, notre homme l’est assurément. Dit autrement, l’actuel directeur artistique du festival de Ramatuelle a l’humanité pudique. Chez lui l’extraversion méditerranéenne d’obédience séfarade semble en effet avoir été passée au tamis de la mystique ashkénaze. Peut-être, parce qu’en 1977, à quinze ans, ce natif de Tunis avait déjà lu, ou plutôt été lu, par « Le dernier des justes », le nucléaire roman d’André Schwartz-Bart. Ce genre d’ouvrages illumine et ensoleille n’importe quel contexte ; Bagneux la ville qui l’a pris dans ses bras, lorsqu’à onze ans il a quitté le port de la goulette, ne constitue probablement pas une exception à la règle. Une chose est toutefois certaine : c’est à l’adolescence qu’il découvre que la simplicité ne noue aucun lien avec le simplisme. Le simplisme, il en a subi l’assaut ; ses yeux qui portent les stigmates d’un arrachement et d’un exil (« nous recevons dans les yeux la lumière d’étoiles mortes » est d’ailleurs la première phrase du livre de Schwartz-Bart), sa rhétorique et sa syntaxe qui suintent un peu trop la chachouka suscitent chez bon nombre de théâtreux, l’ironie, le sarcasme voire le rejet ; il sera recalé lors du concours d’entrée à l’école supérieure d’art dramatique de Strasbourg. Qu’à cela ne tienne : dynamisé par toutes les fibres de son être, par la matrice de toutes ses facultés – son cœur–, il va obéir à sa vocation et monter sa propre troupe de théâtre. Ses débuts seront frappés du sceau de l’usuel ; il apprendra en effet très vite, qu’en matière de trajectoire artistique, la roche tarpéienne et le capitole n’ont de cesse de se donner l’accolade. En d’autres mots, il comprendra rapidement que sur les planches, succès et bides retentissants s’entrelacent de manière continuée. Ce n’est qu’avec « Les magnifiques » (1984) qu’il scellera définitivement un pacte avec le large public. Du statut d’ensoleillé, il passera à celui d’ensoleilleur de toutes les salles obscures. Hymne à la mémoire, éloge d’un vivre ensemble pluriel, Boujenah trouve avec ce spectacle la clef des cœurs. L’œuvre illustre par ailleurs, en tous points, ce que pourrait être la philosophie de M. Boujenah. Ayons l’audace de la croquer : le nomadisme existentiel n’est en rien incompatible avec le fait de posséder des racines ; mieux même : sans racine, nous n’avons pas d’ailes ; pour à peu près savoir où nous allons, il faut toujours savoir d’où nous venons. Mais disons-le sans détour : la singularité « juive tunisienne » incarnée par Maxo, Julot et Guigi (les personnages du spectacle) fait signe vers l’universel. Voilà pourquoi Michel est capable de toucher l’intime en nous, de nous arracher autant de rires que de larmes, autant de pensées que d’émotions, bref, d’ensoleiller l’intériorité de « chaque-un ». En cette matière, les exemples abondent : en 1986, il recevra le César du meilleur acteur dans un second rôle pour « Trois hommes et un couffin » ; en 1992 il sera nominé pour le César du meilleur acteur pour le film d’Ariel Zeitoun (« Le nombril du monde ») et en 2004, il sera candidat à l’obtention du César pour sa première œuvre de fiction (« Père et fils »). Et aujourd’hui, me direz-vous ? La réponse est simple : l’histoire continue. L’homme aux trois visages (acteur, réalisateur, humoriste) nous ensoleille toujours. A preuve, son dernier spectacle intitulé « Enfin libre ». Au menu de la création boujenahienne, une invitation, aussi voilée que délicieuse, à réfléchir sur notre relation à nous-mêmes, aux autres et au monde. On vous le disait : le « Dernier des justes » n’était pas seulement, pour Michel, un divertissement de jeunesse…

JLB

Nom : Boujenah
Prénom : Michel
Date et lieu de naissance : 2 novembre 1952 à Tunis
Signes particuliers
A fait l’acteur dans 33 films
A conçu et réalisé une douzaine de spectacles de théâtre.
A réalisé cinq long métrages.
Est marié à Isabelle avec qui il a eu deux enfants.
 

Actualités du Groupe EAC

Le Groupe EAC accroît son rayonnement national. La preuve par 2.   Les rencontres professionnelles de l’EAC Lyon Les 24, 25, 26 et 27 avril derniers, les étudiants... [+]
Des milliers d'EACiens ont transformé une passion en profession. Cette semaine, nous vous proposons d'en découvrir deux. Leur point commun : ils conçoivent et organisent... [+]
Claire Chouviac, une ancienne de l’EAC a un présent professionnel fort enviable (voir son portrait). Co-fondatrice de Bruit Blanc, une agence éditoriale française ind... [+]
« Le Jeans se met au vert », c’est le titre de la prochaine exposition de Tomasz Kawiak dit Tomek. Ce plasticien, peintre et auteur qui a exposé dans le monde... [+]
Méditer sur fragilité de notre mère à tous : la mer. C’est la vocation de l’opération baptisée « Le Cri des Sirènes ... [+]
L’EAC n’a de cesse d’exporter son ingénierie pédagogique. Dans la vidéo ci-dessous, Claude Vivier – Le Got, PDG du Groupe, nous renseigne sur l’... [+]
Séjours à l’étranger, visites de galeries prestigieuses, présence intensive sur les salons et promesses d’embauches : le doute n’est pas permis.... [+]
Marie Sorbier Clair, diplômée Esarts MC 2005 est actuellement en charge de la promotion du théâtre du Lucernaire. Dans la vidéo ci-dessus elle se présente... [+]
LE BRAFA de Bruxelles La TEFAF de Maastricht Chic dessin
Les vendredis 1er et samedi 2 juin prochains se tiendra le Salon Disk’Over 2012 de Lyon, Salon des Musiques Actuelles, organisé par Médiatone au Transbordeur. Autour de stands... [+]