Séjour suisse pour Alice Frech


Alice Frech, titulaire d’un MBA en Marché de l’art est désormais directrice de la galerie De Jonckheere à Genève. Ladite galerie a d’ailleurs inauguré de manière prestigieuse sa nouvelle adresse helvétique : depuis le 21 octobre dernier, elle propose en effet une exposition centrée sur sa spécialité. A savoir, les tableaux flamands des XVIe et XVIIe siècles : “cette implantation stratégique nous permet de nous rapprocher d’une grande partie de notre clientèle” a d’ailleurs expliqué notre ex-EACienne à un journaliste du Journal des Arts. Remarque ultime : Alice a désormais professionnalisé son rêve. En témoigne une interview (2008) qu’elle nous avait accordée à l’occasion de la soutenance de son brillant mémoire consacré à l’esprit du Grand Tour dans les collections anglaises.
Pourquoi le choix de ce sujet de mémoire ?
Sujet d’un cours suivi à l’université en dernière année de licence, le « Grand Tour » est un thème qui me fascine. Car rêvée et idéalisée, l’Italie est dès le XVIIème siècle une destination courue par la noblesse européenne. Au XVIIIème siècle, le rayonnement de ses cours princières touche particulièrement l’Angleterre qui voit les membres de la haute société embarquer pour un tour d’Europe. En somme, ce sujet est la synthèse parfaite pour explorer la production artistique italienne du XVIIIème siècle et les pratiques d’une certaine catégorie de collectionneurs. Entre commerce des œuvres, transports, anecdotes de marchands à conseillers et de conseillers à collectionneurs novices, les documents d’archives ne demandent qu’à être exploités. Aiguillée par ma directrice de recherche, je dévore la bibliographie de ce thème et rencontre les professionnels intéressés par ce type d’œuvres. Car comprendre le marché de l’art lié au Grand Tour, c’est comprendre les fondements des grandes collections britanniques actuelles. Ce sujet me passionne une année durant, et c’est toujours avec la même curiosité que j’attends les nouvelles publications le concernant.
Quels bénéfices avez-vous tiré de cette expérience, dans la poursuite de vos études comme dans votre parcours professionnel ?
Après trois années passées sur les bancs de la fac à rêver devant les projections de diapos, j’aspirais à être au plus près des tableaux. A l’EAC, c’est chose faite. Entre rudiments de l’expertise et rencontres avec les acteurs du marché européen, je fais mes premiers pas dans le monde très secret des tableaux anciens, mon mémoire comme carte de visite. A la suite de ce premier écrit réalisé durant ma première année du MBA, puis des projets professionnels effectués en deuxième année du MBA Esarts de l’EAC, je ressens le besoin de continuer à approfondir mes connaissances tout en intégrant le monde du travail. J’intègre en stage la galerie De Jonckheere, où je suis en charge de la documentation et de la rédaction du catalogue annuel. Essai transformé : ce stage débouche sur un emploi et un nouveau challenge des plus grisants aux côtés de l’un des grands noms de la peinture ancienne : l’ouverture de la galerie De Jonckheere à Genève.Le mémoire a été révélateur de ce qui me passionne le plus dans mon travail : écrire sur l’œuvre, la documenter, mener l’enquête et donner au spectateur les clés pour aller plus loin.
Pensez-vous que ce travail vous a ouvert des portes au niveau professionnel ?
Le mémoire, c’est avant tout le début de mon carnet d’adresses et la rencontre avec les professionnels du tableau ancien. Incontestablement, il constitue donc un tremplin vers l’emploi et la professionnalisation. Excellent exercice de synthèse, il permet surtout de donner du crédit à mes ambitions. Même si aujourd’hui, je vois passer de nombreux tableaux, que ce soit des natures mortes flamandes ou parfois de grandes vedute italiennes, c’est avec la même excitation que je les décrypte. Quant à notre clientèle, j’aime pouvoir la renseigner et lui faire voir au delà de l’image. Avec bientôt un quatrième catalogue à mon actif pour la galerie, j’utilise chaque jour les enseignements tirés d’une année de rédaction. Je garde aussi contact avec ceux qui à travers ce sujet m’ont aidée et que je reçois volontiers à la galerie.
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